« Enfant, j’étais bon en dessin, même très bon. C’est pour cela que mes parents m’ont dit un jour : tu devrais choisir une profession où tu dessines. Architecte, quelle bonne idée ! »
- Philippe
En l’amenant sur ses chantiers, Philippe a transmis son goût pour l’architecture à son fils, Olivier. À l’école, ce dernier était doué pour les mathématiques et le dessin, et s’oriente dans un premier temps vers les Travaux Publics. Il choisit cette filière pour dessiner des ouvrages d’art et obtient le diplôme d’ingénieur à l’Ecole Spéciale des Travaux Publics. Mais la passion de l’architecture est trop forte et il obtient alors ses diplômes d’architecte tout d’abord à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette puis à la Graduate School of Design de l’Université de Harvard aux Etats-Unis.
En parallèle de son apprentissage du métier d’architecte auprès de son père, cette période est riche en rencontres. Il collabore notamment avec l’artiste américaine Anne McGhee, qui enseigne le dessin à Harvard. Ensemble, ils travaillent sur le dessin en tant qu’outil de conception, depuis la première étape de la création d’un concept jusqu’à sa forme ultime de représentation. Leur intention est d’encourager la créativité grâce au dessin intensif et de découvrir le potentiel du langage du dessin en expérimentant une variété d’outils, tels que le fusain, le crayon, le pastel, ou encore la peinture à l’huile. La couleur est un aspect important de leurs recherches, notamment le rôle qu’elle joue dans l’amélioration du sens de la forme, la création d’espace et de lumière. À cette époque, à la fois architecte et dessinateur, Olivier Herbez expose son travail dans plusieurs galeries.
Par la suite, Olivier Herbez parfait ses études à l’Université de la Sorbonne, et obtient un diplôme de Master en Sciences Cognitives en 2002. Il intègre alors, au Collège de France, le laboratoire du Professeur Alain Berthoz, neurophysiologiste dont les recherches portent sur le contrôle multisensoriel du regard, de l’équilibre, de la locomotion et de la mémoire spatiale. Durant ces quelques années, il travaille au CNRS, côtoie de nombreux scientifiques et publie plusieurs articles sur le fonctionnement du cerveau lors de l’observation d’oeuvres d’art. Il travaille en particulier sur des oeuvres non figuratives de Fernand Léger. Il met en évidence des parcours oculaires similaires à la lecture, lors de l’observation de formes abstraites, et c’est à cette époque que naît son désir d’utiliser le regard comme moyen d’expression et de dessin.
Lors de ses recherches, Olivier Herbez se nourrit des écrits de Merleau-Ponty sur la perception de l’espace: “percevoir, c’est engager d’un seul coup tout un avenir d’expériences dans un présent qui ne le garantit jamais à la rigueur, c’est croire à un monde”. La perception de l’espace fonctionne comme un mécanisme de projection et d’anticipation dans lequel le cerveau fait des allers et retours pour comprendre le monde. L’urbaniste Paul Virilio parle d’espace “entre”, espace imaginaire entre la position de l’observateur et les objets qui l’entourent.
En parallèle de la pratique du métier d’architecte, Olivier Herbez fonde en 2008 la Fabrique Vision & Architecture afin de poursuivre ses recherches sur le dessin. L’agence développe ainsi différentes formes de représentations de l’espace à travers l’utilisation de techniques innovantes. Olivier Herbez collabore à cette époque avec l’artiste plasticien Michel Paysant. Il participe alors à de nombreuses expositions au milieu des années 2010 dans le cadre de l’Eye Drawing Studio, un atelier expérimental dont l’appellation générique a ensuite été donnée par l’artiste, à la cellule de recherche qu’il a créée pour les différentes expérimentations utilisant la technique de l’eyetracking. Cette dernière consiste à dessiner, peindre, sculpter, créer des architectures, ou encore composer et interpréter de la musique avec le mouvement des yeux.
En 2017, Olivier Herbez organise une exposition intitulée « les Nouvelles Formes du Croquis », dans laquelle il expose ses propres croquis. Dans sa pratique d’Architecte, il accorde une place fondamentale au dessin et prône la réalisation d’au moins un croquis par jour. Cet exercice permet de conserver l’empreinte de ses réflexions et devient un fil conducteur de sa pratique de l’architecture : le dessin est au coeur du projet.
L’agence publie en 2020 un ouvrage sur le croquis d’architecte, retraçant l’évolution du dessin d’esquisse au sein de l’agence. Cet ouvrage est composé de nombreux croquis et partage la vision d’Olivier Herbez, pour qui la pratique du dessin est indissociable à la pratique de l’architecture. Il place cet outil comme étant la base du travail de conception. On retrouve dans cet ouvrage l’ADN de l’agence : un mélange entre Patrimoine et Innovation, avec des croquis à la main exécutés de manière traditionnelle et des croquis du regard réalisés à l’aide d’outils numériques.
En 2023, Olivier Herbez élargit sa réflexion sur la ville en participant, à l’Institut d’Etudes Avancées de Paris, auThinktank intitulé « Brain and City Design » qui ouvre un dialogue privilégié entre les neurosciences et les sciences sociales et humaines. Une attention particulière est accordée à l’impact possible de la recherche sur les interactions société-corps-esprit-cerveau, ainsi que sur les défis sociétaux majeurs, tels que la santé physique et mentale, la bio-ingénierie, l’éducation et l’apprentissage, les conflits et la violence de groupe, ou encore l’adaptation aux changements naturels, industriels et environnementaux. L’objectif de ce programme est de permettre aux sciences humaines et sociales (dont l’architecture), ainsi qu’aux sciences du cerveau, de renouveler leurs approches des objets classiques et d’investir de nouveaux domaines de recherche, avec des projets audacieux et innovants.
Très attaché au bien-être de l’utilisateur de ses projets, Olivier Herbez s’intéresse à la manière de ressentir l’espace : dans la ville et ses rues, dans les espaces individuels ou personnels, mais aussi dans les espaces de travail, les espaces culturels ou les lieux de santé. Ainsi, ces dernières années, l’agence s’est spécialisée dans des opérations d’une certaine envergure, impliquant notamment des programmes liés à la santé, tels que la requalification du quartier de l’Hôpital de Saint-Germain-en-Laye, ou encore du quartier de Saint-Faron à Meaux. Au sein de ces projets se mêlent soignants, patients, habitants, dans un lieu inclusif, durable et verdoyant. Les transformations de notre société ayant modifié nos rapports aux soins, l’agence propose des solutions innovantes pour l’hôpital de demain, en transformant ces quartiers hospitaliers en lieu de vie ouvert sur la ville. Les fonctions y sont distillées dans différents bâtiments, connectés entre eux par des rues, des places et des parcs qui viennent dans le même temps valoriser l’espace public. La nature est réintroduite en ville par la création d’espaces verts et l’utilisation de matériaux nobles tels que la pierre et le verre. L’utilisation de matériaux vertueux permet de conserver l’image de l’architecture hospitalière des premiers hospices et d’améliorer la qualité des espaces bâtis et paysagers. En s’inspirant des codes architecturaux classiques et en les associant à des préoccupations contemporaines, l’agence allie, là encore, tradition et innovation. Elle a fréquemment recours à la pierre de taille, qui en plus d’être autoporteuse, confère solidité, élégance et durabilité à un bâtiment, tout en s’harmonisant avec l’architecture traditionnelle. De plus, la pierre nécessite peu d’entretien et résiste bien aux intempéries, garantissant ainsi la pérennité du bâtiment. L’agence privilégie des techniques de construction respectueuses de l’environnement, intégrant des solutions durables afin de réduire l’impact écologique des bâtiments, tout en assurant le confort des habitants à long terme.
Au début de sa carrière, Olivier Herbez travaille aux côtés de son père Philippe Herbez, avec qui il conçoit plusieurs belles réalisations, dont le siège social de Pepsicola à Nanterre. Puis, il s’émancipe et s’entoure d’une équipe compétente et dynamique, toujours en quête d’évolution afin d’améliorer sa pratique architecturale et enrichir les projets qui lui sont confiés.
Cinquante ans d'agence
Une histoire de famille
« Je repense à Solange d’Herbez de la Tour. C’était une Simone de Beauvoir de l’architecture, exactement. C’est elle qui a lancé ce projet de l’Union Internationale des Femmes Architectes avec une de ses associées. Et c’est sur elle que ça reposait.
Donc c’était une belle aventure pour elle, mais elle doit avoir 100 ans aujourd’hui. J’ai envie de prendre rendez-vous avec elle pour aller la revoir. »
- Philippe
Philippe Herbez intègre les Beaux-Arts au milieu des années 1960. Ses études lui permettent d’enrichir ses connaissances de l’architecture auprès de personnages de renom. C’est sur les conseils de sa cousine Solange d’Herbez de la Tour, fondatrice de l’Union Internationale des Femmes Architectes, qu’il choisit la section Architecture. Philippe intègre l’atelier Arretche, dirigé par l’architecte du même nom, et connu notamment pour la reconstruction de Saint-Malo après-guerre. À la fin de ses études aux Beaux-Arts, Philippe est repéré par Henri Vicariot, architecte en chef de l’aéroport de Paris, qui l’intègre à son équipe. Cette expérience lui permet de participer à la construction d’aéroports à travers le monde pendant deux ans, une période qu’il considère comme particulièrement enrichissante.
En 1968, en pleine effervescence de la révolte étudiante, Philippe complète sa formation à l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement de l’Université Paris Dauphine et obtient son diplôme d’architecte aux Beaux-Arts. Il part s’installer dans le sud de la France, accompagné de cinq de ses amis. Tous issus des ateliers Arretche et Lemaresquier, ils fondent ensemble la Société Civile Professionnelle d’Architecte et d’Urbanisme (SCPAU). Ils établissent des agences à Paris, Nice et Abidjan. Cette association permet alors à Philippe Herbez de superviser des projets de grande envergure, notamment deux hôtels à Abidjan.
En 1982, aspirant à plus d’indépendance, il quitte la SCPAU et s’implique principalement dans des projets régionaux en Île-de-France. Il fonde Urban Consult City Planning and Development, une société spécialisée dans des études d’aménagement urbain pour diverses villes françaises, dont Levallois, Courbevoie et La Courneuve.
Au cours de sa carrière, Philippe Herbez a travaillé sur de nombreux projets notables, tant en France qu’à l’étranger. Parmi ses réalisations les plus emblématiques figurent un ensemble de villas au Maroc, ainsi qu’un projet ambitieux pour un stade à Casablanca. Après 1982, il saisit des opportunités importantes, notamment grâce à sa collaboration avec les AGF (Assurances Générales de France), travaillant sur des projets de grande ampleur. Son parcours est ponctué de nombreuses collaborations et réalisations, depuis de grandes opérations de promotion privée jusqu’à des projets individuels pour des particuliers.
« On ne juge pas la qualité d’un croquis. L’important est dans l’acte de dessiner, car chaque croquis, qu’il soit réalisé à la main ou à l’ordinateur, fait avancer le projet architectural. »
- Olivier
« On joue toujours avec la lumière pour concevoir un bâtiment : pour s’en protéger, ou pour faire rentrer la lumière, pour jouer avec la lumière sur les façades, sur les vitrages... C’est un peu infini. Oui, c’est un champ d’exploration infini. »
- Olivier
Au fil des ans, il collabore avec de nombreux architectes, tels que les agences Colboc, Cobe, Fresh, Derrien, ou encore Bechu. Il conçoit notamment, au côté de ce dernier, le projet du Clos Saint- Louis à Saint-Germain-en-Laye, quartier entier dédié à la santé. Ce projet de réhabilitation d’une partie de l’ancien hôpital de Saint-Germain datant du 19ème siècle et de transformation des Châteaux d’eau, s’accompagne de la création de bâtiments neufs qui viennent parfaire le centre-ville piéton de la ville. À forte valeur environnementale, ce projet défend une vision durable de l’architecture à travers la mise en valeur du patrimoine bâti. Olivier Herbez développe une grande sensibilité à l’architecture patrimoniale auprès de l’Architecte du Patrimoine Anthony Bechu, qui lui transmet son savoir-faire. Ses compétences s’inscrivent pleinement dans une démarche de développement durable. Elles permettent de prolonger l’histoire des bâtiments anciens et d’en révéler leurs qualités souvent oubliées.
Olivier a également collaboré avec l’architecte Alain-Charles Perrot, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Florent Richard et Dominique Perrault, dans le cadre du projet de réhabilitation et d’extension de la Maison du Peuple à Clichy, bâtiment emblématique des années 30, fruit du travail de quatre architectes et ingénieurs de renom : Jean Prouvé, Marcel Lods, Eugène Beaudoin et Vladimir Bodiansky. Ensemble, ils imaginent, dans un esprit avant-gardiste, un volume en lévitation au dessus du bâtiment existant, subtilement enveloppé d’une nouvelle peau métallique.
Par le biais des projets de réhabilitation, tels que la rénovation du Collège et Lycée Paul Claudel d’Hulst ou de l’École Sainte-Clotilde, tous deux situés dans le secteur sauvegardé du VIIème Arrondissement de Paris, Olivier Herbez participe également au maintien des savoir-faire et à la transmission du geste d’artisans et d’entreprises spécialisées.
L’histoire de l’architecture et la connaissance des techniques de construction développées par nos prédécesseurs permettent de recourir à des mises en oeuvre traditionnelles largement éprouvées, mais également à des techniques actuelles innovantes.
Depuis sa création, l’agence a livré près d’une centaine d’opérations en Île-de-France. Composées en majorité d’immeubles de logements, les créations de l’agence s’expriment également à travers des projets d’urbanisme et d’architecture dans les domaines de la culture, de la santé et de l’éducation. L’agence est tournée vers l’avenir et la fabrication de la ville de demain. Elle se donne pour mission de poursuivre sur les traces de ses fondateurs en créant des projets de qualité et en transmettant des valeurs humaines exemplaires à nos enfants.
« Notre métier n’est pas seulement de mettre en valeur le patrimoine. Nous devons nous inspirer de l’énergie de nos prédécesseurs et continuer à innover pour construire la ville de demain . »
- Olivier


























